Revue de réflexion politique et religieuse soutenue par le Centre National du Livre (Ministère de la Culture).

Marcello Di Paola, Gianfranco Pallegrino : « Sospensione riproduttiva temporanea : etica delle popolazioni e cambiamento climatico », Iride. Filosofia e discussione pubblica

Article publié le 6 Sep 2012 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos de Marcello Di Paola, Gianfranco Pallegrino, « Sospensione riproduttiva temporanea : etica delle popolazioni e cambiamento climatico », Iride. Filosofia e discussione pubblica (Bologne), n. 65, janvier-avril 2012, pp. 57-76.

Les deux auteurs travaillent au département de Sciences politiques de la Libre université des sciences sociales (LUISS Guido Carli) de Rome. Leur texte provient d’une communication lors d’un colloque organisé en 2011 sur le thème « Global justice, private morality and utilitarian perspectives ». La thèse développée est à considérer avec attention. Il est présupposé que les consommateurs des pays riches sont responsables de la pollution qui entraîne les changements climatiques dommageables à l’ensemble de la Planète (comme si, à supposer fondée la corrélation, la structure spéculative du capitalisme n’était pas la principale nuisance). Selon les auteurs, l’idée de faire diminuer le nombre des humains serait « négligée » dans les grandes rencontres internationales, à la fois en raison de la difficulté de sa mise en oeuvre et parce qu’une politique contraignante heurterait la liberté reproductive, considérée comme un droit inaliénable (contre-vérité flagrante quand on sait à quel point les programmes concernant la « santé reproductive » sont activement antinatalistes). Opposant curieusement prudence (politique ?) et morale, il s’agirait donc d’obtenir une autolimitation des naissances de manière volontaire, par devoir. Qui plus est, ce devoir ne concernerait pas le « Sud » mais seulement le monde riche, car « il est évident que diminuer le nombre des consommateurs présents ferait décroître la consommation, et donc les émissions ». L’effet attendu serait un rééquilibrage des modes de vie : moins de monde dans les pays « développés », cela fait moins de richesses recherchées, donc moins de production, donc aussi une vie plus économe d’énergie. Le motif d’une proposition de cet ordre est clairement la version la plus récente de l’utilitarisme dans ce qu’il a de plus abstrait, de plus ignorant des réalités humaines et civilisationnelles autres que quantitatives. Bentham définissait le bonheur par le maximum de plaisir pour le maximum d’individus. L’une des conséquences de ce principe a été tirée de ce que le moraliste utilitariste britannique Derek Parfit a appelé la « conclusion répugnante » : mieux vaut une plus grande quantité d’êtres humains jouissant d’un même niveau de biens qu’une quantité plus restreinte jouissant de biens plus élevés (telle était, au passage, la justification du communisme chinois dans les années Mao : le régime est autoritaire mais tout le monde est réputé pouvoir manger). La solution « morale » envisagée ici serait, de plus, temporaire (trois ans pour commencer…). Plusieurs objections sont examinées et longuement réfutées par de subtils calculs de coûts et profits. Une objection qualifiée de « libérale » dénonce l’interférence dans la vie privée et la liberté fondamentale de procréer. Réponse : il ne s’agit pas de contraindre, mais d’obtenir le libre consentement des individus, par le moyen de campagnes d’opinion comme celles auxquelles on est habitué (contre l’usage du tabac, etc.). Lorsque chemin faisant les auteurs butent sur l’objection de la valeur de la vie, ils se contentent de la balayer d’un revers, en note. Ils accordent en revanche une considération importante au cas dit de la wrongful life, la vie « indigne » d’être vécue et à laquelle il serait préférable de n’avoir jamais vu le jour – cette même vie malheureuse qui permet aujourd’hui à un individu de prétendre obtenir réparation par voie judiciaire pour avoir été « victime » d’un avortement manqué, comme dernièrement en Espagne. Le « devoir d’abstention » aurait donc comme ultime fondement l’obligation de ne pas nuire à ceux qui naissent dans un monde pauvre et sont appelés à y survivre dans le malheur à cause des excès du monde développé qui provoque l’effet de serre, etc. Le levier principal de la propagande incitative qui est envisagée ici serait donc la culpabilisation des femmes (jusqu’à 35 ans) et des hommes (45 ans) vivant en Occident, et plus précisément, de ceux qui ont conservé la conscience naturelle de ce que signifie donner la vie, les plus évolués ayant depuis longtemps perdu cette notion tout autant que celle du bien commun, et du bien tout court.

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