Revue de réflexion politique et religieuse.

Jean de Viguerie : Les pédagogues. Essai historique sur l’utopie pédagogique

Article publié le 10 Fév 2012 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos du livre de Jean de Viguerie, Les pédagogues. Essai historique sur l’utopie pédagogique, Cerf, octobre 2011, 158 p., 14 €.

Orthographe fantasque, inculture, augmentation du nombre de jeunes voyous : ces tendances sont de plus en plus communément soulignées et dénoncées. Dans une certaine mesure, les choix pédagogiques
qui en sont largement la cause (méthode d’apprentissage globale, influence d’une vision utilitaire dans l’organisation des enseignements, dévalorisation de la place du professeur, etc.) font eux aussi régulièrement l’objet de remises en question, même si c’est d’une manière encore très éparse. Les causes profondes de ces évolutions, en revanche, la « vague de fond » qui soutient cette agitation de surface, sont beaucoup moins unanimement identifiées. Pourtant, pour s’engager dans une direction résolument meilleure, il nous faut bien remonter « à la source du mal », comme le dit Jean de Viguerie dans ce petit ouvrage sur « l’utopie pédagogique ».
L’historien bien connu pour ses Deux patries, son Louis XVI ou encore son Histoire et dictionnaire du temps des Lumières, invite le lecteur à « démasquer le mensonge des pédagogues », ceux qui enseignent aux maîtres à enseigner et qui structurent par leurs postulats les méthodes pédagogiques. Au travers de l’étude de quatorze de ces pédagogues, d’Erasme à Philippe Meirieu, en passant par Locke, Rousseau, Condorcet, ou Victor Considérant (grand admirateur du phalanstère de Fourrier), J. de Viguerie voit l’essence de ce « mal » dans le fait que ces auteurs ne reconnaissent pas à l’enfant une intelligence active, une capacité innée de comprendre et de saisir les principes. De là découlent toute une série d’erreurs fondamentales sur le rôle du professeur par rapport à l’enfant, sur la place des connaissances et de la mémoire, sur le rôle de l’école par rapport à la famille et à la société. A la lecture de cet ouvrage, on peut se demander, comme on le ferait pour tout autre historien des idées (puisque c’est principalement à cette discipline que J. de Viguerie se livre dans cet ouvrage), s’il existe un écart entre les théories décrites et le monde tel qu’il va : dans quelle mesure l’utopie n’est-elle qu’une idée ? Une réponse est donnée à la page 153 et à la page 6 : l’utopie, longtemps demeurée dans les ouvrages, a progressivement été mise en pratique par une série de réformes lancées à partir des années 1960. Cette réponse est d’autant plus intéressante qu’elle ouvre sur une autre perspective : « L’inapplication faisait sa force. L’application fait sa faiblesse » car « les effets sont désastreux ». Le moment est donc idéal pour remettre en question, en même temps que les méthodes, les théories qui les sous-tendent. Ce faisant, J. de Viguerie invite par son ouvrage tous ceux qui ont la conscience d’une crise de l’éducation et la volonté d’y remédier à commencer par analyser profondément ses racines intellectuelles. Les solutions pratiques n’en seront que plus adaptées et durables.

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