Revue de réflexion politique et religieuse.

Lecture : Henri VIII d’Angleterre et les origines des révolutions modernes

Article publié le 5 Fév 2011 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Autour du livre d’Elisabetta Sala, Elisabetta « la Sanguinaria ». La creazione di un mito. La persecuzione di un popolo, Edizioni Ares, Milan, août 2010, 20 €.

Un nouveau livre de l’historienne milanaise Elisabetta Sala vient de paraître, à la suite d’un précédent publié deux ans auparavant, dont le contenu est probablement mieux défini par les sous-titres que par les titres : Elisabeth « la Sanguinaire ». La création d’un mythe. La persécution d’un peuple, et La colère du roi est morte : Henri VIII et le schisme qui divisa le monde. En effet, il ne s’agit pas seulement de biographies, mais de bien plus : comment comprendre, au-delà du cas des deux souverains anglais, Henri VIII et sa fille Elisabeth Ire, les mutations fondamentales intervenues en un siècle d’histoire de grande importance non seulement pour l’Angleterre mais pour toute l’Europe et ensuite pour une grande partie du monde.
Tout semble naître d’une question privée : Henri VIII veut rompre son mariage avec sa première femme Catherine d’Aragon et épouser Anne Boleyn. Mais les faits et gestes d’un souverain, surtout quand la succession intervient par voie dynastique, ne sont jamais purement privés. Et en effet, c’est ce qui arrive quand éclate le conflit entre Henri VIII et le pape qui refuse l’annulation ou la dissolution du mariage. Pas à pas, en vue d’arriver à ses fins, le roi ne peut que se soustraire au contrôle du pontife ; mais comment faire ? Il y avait peut-être d’autres possibilités, mais Henri VIII a pris le chemin le plus dur et le plus effi cace : soustraire son pays à la souveraineté spirituelle du pape en créant une Eglise anglaise – l’Eglise anglicane – dont il se proclame le chef.

Tout aurait pu s’achever alors, et c’est bien ce qu’espérait Henri VIII. Mais les actes politiques une fois posés continuent d’avoir leurs effets dans le temps, même longtemps après, comme l’enseignait déjà Aristote, mais surtout Machiavel, que l’auteur du livre n’aime certes pas. L’Eglise anglicane s’est consolidée au cours du siècle, mais les calvinistes arrivent en Angleterre, avec leur avant-garde extrémiste, les puritains. Parallèlement, les catholiques restent probablement la majorité de la population, séparés des anglicans par la question de l’obéissance au pape, et des calvinistes et des puritains par bien d’autres choses encore, dont certaines séparent de plus anglicans et puritains. Mais tous les protestants sont unis entre eux par une commune haine envers les catholiques, contre lesquels naît, se développe et se poursuivra sous le règne d’Elisabeth Ire une très dure persécution, dont le récit constitue l’élément central de l’enquête d’Elisabeth Sala.

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