Revue de réflexion politique et religieuse.

Vincent de Beauvais : De l’institution morale du prince

Article publié le 3 Juil 2010 | imprimer ce texte imprimer ce texte

A propos de Vincent de Beauvais, De l’institution morale du prince, Edition établie, présentée et annotée par Charles Munier, Cerf, coll. Sagesses chrétiennes, janvier 2010, 34 €.

Traité de morale politique rédigé par un dominicain lecteur à l’abbaye de Royaumont (1190-1264), confident de saint Louis et surtout connu comme l’auteur de la plus grande encyclopédie médiévale, composée pour le saint roi de France dont il était le confident. Il faut saluer la valeur de la très vaste introduction de Ch. Munier, médiéviste de la Faculté de théologie de Strasbourg (pp. 7 à 124) qui aborde la plupart des aspects historiques et philologiques d’une oeuvre méconnue et pleine d’enseignements utiles à tous et pas seulement aux princes. A tous, car la morale n’a pas de frontières, mais plutôt des principes universels et des domaines d’application aussi variés que les situations, transitoires ou stables, dans lesquelles tous les hommes sont tenus d’agir en cherchant le bien. Pour des modernes sous influence machiavélienne et séparatiste, parler morale pour former le personnel politique est proprement stupide. Tout au contraire, ce traité parle de justice, de bonté, de prudence dans le choix des conseillers, de patience dans les jugements, de la nécessité d’éviter la crédulité, et ainsi de suite. Ce qui vaut pour les rois vaut pour tous, et inversement quoique l’exigence soit plus forte pour les premiers. Les analyses de Vincent de Beauvais sont très fines, entre autres sur la façon dont naissent les dénigrements à partir de l’envie. « Ne rabaisse pas le roi, même en pensée » (Ecclésiaste 10, 20), parole qui s’applique aux sujets mais aussi au roi lui-même, qui ne doit pas négliger de défendre sa réputation pour la dignité de sa fonction.
L’introduction, en dépit de toute sa valeur, manque d’une partie doctrinale. Or un point au moins de cette oeuvre devrait faire l’objet d’une analyse : l’affirmation initiale selon laquelle la royauté – le pouvoir politique – a pour origine la nécessité de faire face à la malice humaine, car « bien entendu, cette [dignité] n’existait pas chez les hommes, à l’origine, en leur état de nature bien disposée » (p. 133). Le propos semble relever du mythe, et implicitement conduire à une vision pénitentielle de l’autorité et de la hiérarchie, vision qui disparaît par la suite du propos de l’auteur dominicain.

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