Revue de réflexion politique et religieuse.

Monographie d’une sécularisation

Article publié le 5 Jan 2010 | imprimer ce texte imprimer ce texte

La fin d’un espace social de chrétienté : le témoignage d’une ancienne de la Jeunesse agricole chrétienne, devenue activiste de la « cause des femmes » dans le monde rural.

La condition des femmes dans le milieu agricole est un sujet d’étude souvent renouvelé notamment parce qu’après les grandes études sociologiques générales, on s’est de plus en plus attaché à la recension de l’une des « matières premières » de l’enquête qu’est le témoignage. C’est l’objet de l’ouvrage de Marie-Thérèse Lacombe, Pionnières ! [Marie-Thérèse Lacombe, Pionnières ! Les femmes dans la modernisation des campagnes de l’Aveyron de 1945 à nos jours, éd. du Rouergue, Rodez, novembre 2009, 208 p., 18 €. ] L’auteur est l’épouse de Raymond Lacombe, ancien président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).], qui, donnant la parole à une centaine de femmes agricultrices, exprime d’abord la volonté de retracer l’histoire locale – « Il serait dommage que tout ce travail des femmes, ce cheminement réalisé pour apprivoiser le progrès soit méconnu et perdu pour l’histoire aveyronnaise » – puis le souhait de donner à ses petits-enfants le récit de son après-guerre, son engagement aux Jeunesses agricoles catholiques féminines (JACF) – « Ils apprécieront d’où nous sommes parties, ce qui a fait notre jeunesse, comment nous nous sommes battues pour changer nos modes de vies, ce qui a motivé nos choix » – et enfin dans une perspective de conquête de l’autonomie – « Ces changements nous les avons souhaités, voulus, nous les avons vécus ! ».

Dans la continuité des différents travaux portant sur les « espaces de chrétienté » développés dans cette revue, l’ouvrage de Marie-Thérèse Lacombe présente un certain nombre de similitudes, comme l’importance du rôle des mouvements d’Action catholique dans l’éveil à l’autonomie, mais également la montée en puissance des techniques et l’idéalisation d’une modernité ici très liée au phénomène d’américanisation que vit la société française d’après-guerre [Cf. D. Barjot et C. Réveillard (dir.), L’américanisation de l’Europe occidentale au XXe siècle. Mythes et réalités, PUPS, 2001.], etc. Il présente cependant la singularité d’étudier plus une catégorie sociale, les femmes en milieu agricole, qu’une communauté dont l’identité serait territoriale, comme le Québec, la Vendée, la Bretagne, le Pays basque. […]

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