Revue de réflexion politique et religieuse.

Les paroisses parisiennes à l’époque du Concile

Article publié le 4 Avr 2009 | imprimer ce texte imprimer ce texte

Dans les années soixante, un débat entre clercs s’est déroulé dans le diocèse et dans les paroisses parisiennes auquel participaient les laïcs engagés, pour savoir comment devait s’organiser la mission, débat qui poursuit celui ouvert dans les années trente et quarante. Luc Perrin revient sur ces évènements.

Qu’en était-il de la pratique religieuse dans cette période ?

Je n’ai pas de statistique précise en dehors de celles publiées dans les papiers Boulard, la dernière enquête générale s’arrête en 1962. La crise me semble plutôt postérieure. La quantité de messes qui étaient proposées le dimanche dans les paroisses y compris modestes est impressionnante. On voit cependant apparaître quelques suppressions de messes. Mais il faut prendre en compte la réalité urbaine avec les deux caractéristiques des années soixante à Paris. La première est le départ en week-end. La deuxième est un mouvement considérable de transformation de la ville elle-même : les quartiers du centre de Paris se vident de leur population ; certaines paroisses voient la nature de celle-ci changer complètement (exemple, arrivée de juifs d’Algérie, à partir de 1962). La mobilité de la population se fait plus grande. D’après les chiffres du chanoine Boulard, il y aurait un certain tassement, mais pas considérable et pas vraiment significatif, du nombre des baptêmes. La chute apparaît dans les premières années de la décennie soixante-dix. Il faut savoir aussi que Paris est traditionnellement une ville de basse pratique, au moins pour les arrondissements de la moitié Est et Sud.
Par contre la pratique de la confession semble en régression très forte. Les prêtres n’ont pas fait de statistiques. Ils ont un certain nombre d’indications personnelles de mémoire : ils se souviennent des heures de présence au confessionnal, très fortement réduites en fin de période. C’est aussi l’époque des premières célébrations pénitentielles qui se développent à partir de 1965. Elles ont un grand succès et jusqu’en 1968 elles sont toujours accompagnées d’absolutions individuelles.

Que pensez-vous du motif souvent invoqué à Rome concernant les phénomènes de rejet que la réforme liturgique a rencontrés dans les paroisses : elle n’aurait pas été suffisamment expliquée aux fidèles ?

Il y a là une des légendes qu’il faut faire voler en éclats, tout au moins pour Paris. C’est une légende commode. Pour commencer, il y a eu le développement du mouvement liturgique dont j’ai parlé. La réforme a donc été préparée, parfois sur vingt ans. Ensuite, j’ai pu enquêter directement sur les bulletins paroissiaux et auprès des prêtres, et je peux dire qu’un énorme effort d’explication a été réalisé, avec beaucoup d’inventivité sur le plan pédagogique. Les bulletins paroissiaux ont été mobilisés. Le prône a été utilisé. Des répétitions ont été faites pour préparer telle prière qui était introduite, tel passage qui était modifié. Des conférences liturgiques, qui existaient parfois auparavant, ont été consacrées à l’explication de la réforme. Des commissions de laïcs ayant pour mission de jouer un rôle de relais entre le clergé et les paroissiens ont été mises en place presque partout. Des panneaux explicatifs ont été posés à l’entrée des églises. Il faut être clair : dire que la réforme a été mal expliquée est véritablement un faux procès fait au clergé. D’où vient ce faux procès ? Un gouvernement ne dira jamais : « Je me suis trompé », « tel choix n’a pas été convenablement fait ». Mais il dira : « Je ne me fais pas comprendre », « je n’explique pas bien ». C’est une tradition gouvernementale : ne pas s’interroger sur les choix que l’on fait, mais mettre les difficultés sur un « défaut de communication », pour utiliser l’hexagonal d’aujourd’hui. Ce défaut de communication, tout au moins pour Paris, est mythique.

Propos recueillis par Claude Barthe

Catholica, n. 52

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